Toucher la lune 1
1992
   
François Barbâtre peint des choses.
Pas des tas de choses.
Quelques choses seulement, en ordre limité, et “disposées” comme on appelle certaines natures mortes.
Ce sont toujours à peu près les mêmes, comme les mots d'un lexique, un cageot, un champignon, un carré de savon, une boîte de conserve, qui semblent relever d'un champ commun, la nourriture, le marché.
N'était-ce qu'on y rencontre à l'aventure un chapeau, une chaussure de femme, une pierre d'affûtage ?
Ces choses se juxtaposent les unes aux autres, parfois se touchent comme les éléments d'une phrase.
Une sorte de mise en équation des objets
Ces attractions occultes qui les regroupent, les alignent et les retiennent collés l'un à l'autre, aboutissent finalement à des sortes d'équations d'objets. Tel finit par signifier tel autre qui, dans la vie courante n'a rien à voir avec lui, ou bien par l'annuler.
Ainsi dans les rêves opère ce que Freud, à propos de la Gradiva, nommera “une défiguration par déplacement". Dans ce type d'équations, le zéro, c'est alors toujours la lettre volée de Poë, ce point de fuite unique dans l'organisation du tableau qui crève les yeux.
 

Les textes de cette page sont de Jean Clair
 

Nature-Morte
aux Quatre Fusains

Le Grand Corridor
La Nuit
1984
...les cartons à dessins s'arrondissent comme les cuisses d'une femme, avec au fond, la lumière qui luit, le noir qui bâille, d'un seuil que l'on vise, d'une clôture que l'on franchit...
© François Barbâtre 2003