Tout comme Giacometti, en son temps, s’était posé la question de savoir ce que pouvait être une tête, une même question, aujourd’hui, se pose pour la nature morte. Pour moi, d’emblée, les objets de la nature morte, quels qu’ils soient, dépendent en premier de leur apparaître plutôt que de leur mise en scène ; ce qui suppose un fond, source de toute chose, comme je le suggérais un jour à François Jullien. Les peintres Song ont su inventer un espace propice d’où les choses pouvaient advenir telles quelles dans un « hors temps paradoxal ». Paradoxe que celui d’une peinture où se déploie le murissement d’un fruit venu de rien comme on peut le voir dans « les six kakis » œuvre emblématique de Mu’ki – feuille d’album de petite dimension exposé dans le temple Daitoku-ji au Japon.

Avoir à faire avec ce fond c’est passer de la nature dite morte à quelque chose d’autre, une façon de cultiver un rêve de sans appui?